Juillet 2024 à Juillet 2026
522 K€
Innovation Lutte contre la désinformation Radios locales
Le projet RadioCheck Togo mise sur une alliance singulière : celle du fact-checking rigoureux, des langues locales et de l’humour populaire. Un mix gagnant qui transforme la lutte contre la désinformation en expérience collective.
Dans le nord du Togo, aux confins de la savane sèche et des pistes rouges qui relient villages et marchés, l’information circule au rythme des radios locales et des messages WhatsApp. Dans une région fragilisée par la pression sécuritaire liée à l’expansion des groupes djihadistes au Sahel, les rumeurs prospèrent sur fond d’inquiétude quotidienne. Et la désinformation gangrène la société. Mais depuis deux ans, une riposte inattendue s’organise : elle parle en langues locales, se diffuse sur les ondes comme sur les téléphones, et mise sur… l’humour ! Convaincre par le rire, tel est le parti pris du projet RadioCheck Togo.
À première vue, le pari peut sembler audacieux. Dans ces territoires où le français n’est pas toujours la langue du quotidien, la bataille contre les fausses nouvelles se joue avant tout dans les idiomes locaux. Le cœur du dispositif repose sur un travail collaboratif inédit. Douze radios locales, profondément ancrées dans leurs communautés, repèrent et font remonter les rumeurs, intox et manipulations qui circulent dans leurs zones de diffusion. Ces signaux, souvent captés au détour d’une conversation ou d’un message WhatsApp, sont ensuite transmis à TogoCheck, un des médias les plus réputés en matière de vérification de l’information d’Afrique francophone.
L’équipe de TogoCheck met en pièces les informations douteuses et produit des contenus vérifiés, sous forme d’audiogrammes clairs et accessibles. Mais le processus ne s’arrête pas là. Une fois produits, ces modules sont renvoyés vers les radios partenaires, qui les traduisent dans plusieurs langues locales avant de les diffuser à l’antenne. Ce choix du multilinguisme n’est pas anodin. Il a déjà permis de désamorcer des campagnes de désinformation parfois très ciblées, certaines visant spécifiquement la France ou l’armée française. Là où une information descendante échouerait, la parole relayée par une radio de proximité, dans une langue familière, gagne en crédibilité. A ce jour, 64 audiogrammes de fact-checking ont ainsi été produites, traduites et diffusées. Résultat : une exposition continue de plus de 1,6 million de personnes à une information vérifiée, contextualisée, et surtout compréhensible.
RadioChek Togo va plus loin encore. Conscient que la désinformation ne se combat pas uniquement avec des faits, le projet intègre une dimension culturelle forte : l’humour. TogoCheck produit ainsi des capsules vidéo qui décortiquent les mécanismes de manipulation de l’information en s’appuyant sur des humoristes locaux. Ces derniers, figures populaires, maîtrisent les codes sociaux et les ressorts comiques propres à leurs publics. Dans ces 32 capsules vidéos, le rire devient un outil pédagogique. Il permet de prendre de la distance, de questionner les évidences, de révéler l’absurdité de certaines rumeurs. Surtout, il favorise le partage. Diffusés massivement sur les réseaux sociaux (en particulier WhatsApp, principal vecteur de désinformation dans la région) ces contenus circulent rapidement, touchant des publics parfois éloignés des médias traditionnels.
En parallèle, le projet investit dans la montée en compétences des radios partenaires. Douze journalistes ont été formés aux fondamentaux du journalisme, douze autres aux fondamentaux du fact-checking, et douze encore à la traduction et à l’adaptation des audiogrammes en langues locales. Un accompagnement éditorial et technique leur permet de produire leurs propres microprogrammes de sensibilisation, ancrés dans les préoccupations quotidiennes de leurs auditeurs. Ordinateurs, enregistreurs, tables de mixage… L’appui matériel garantit la pérennité du réseau et renforce l’autonomie des radios. Car au-delà des contenus produits, c’est bien un écosystème durable de lutte contre la désinformation qui se construit.
Financé par le CDCS du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, et mis en œuvre par CFI en partenariat avec Coaweb, RadioChek Togo s’inscrit dans une temporalité longue, de juillet 2024 à juillet 2026. Un temps nécessaire pour ancrer les pratiques, renforcer les liens et installer de nouveaux réflexes face à l’information. Dans un contexte où la défiance envers les sources institutionnelles peut nourrir les manipulations, le projet fait le choix de la proximité, de l’intelligence collective et de la créativité. Ici, la lutte contre la désinformation ne passe pas seulement par la vérification des faits, mais par leur incarnation. Et parfois, par un éclat de rire.
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