Avril 2024 - novembre 2026
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Démocratie et engagement citoyen Égalité femmes hommes
Longtemps, Nchidzi Masendu a travaillé comme beaucoup de journalistes : en reproduisant sans toujours les voir certains réflexes de narration. Grâce au projet Media Parity porté par CFI et Gender Links, ce reporter botswanais au Week-End Post a commencé à interroger sa manière de raconter les femmes, de choisir ses sources et d’occuper sa place dans la rédaction. Le parcours discret d’un journaliste devenu, pas à pas, un adepte des masculinités positives.
À Gaborone, capitale du Botswana, Nchidzi Masendu observe davantage qu’il ne cherche à occuper l’espace. Au premier abord, le journaliste à la voix posée donne l’image d’un homme réservé. Son engagement ne s’est pas construit dans le fracas des convictions affichées, mais dans une remise en question progressive de ses propres réflexes. Dans les rédactions d’Afrique australe, où les hiérarchies et les habitudes façonnent encore largement les récits médiatiques, il a longtemps travaillé comme beaucoup d’autres : en allant vers les sources les plus accessibles, souvent masculines, en reproduisant sans le vouloir certains réflexes de narration. Puis quelque chose a changé. Participant au projet Media Parity, porté par CFI et Gender Links dans cinq pays d’Afrique australe, il a pris part aux ateliers de formation au journalisme sensible au genre et aux masculinités positives. Une expérience qui a profondément déplacé son regard sur son métier. Et sur lui-même.
À quel moment votre regard a-t-il changé ?
Le véritable tournant a été lorsque j’ai commencé à analyser ma propre manière de raconter les histoires impliquant des femmes. J’ai réalisé que, même sans intention particulière, je pouvais renforcer des stéréotypes à travers le choix des sources, l’angle ou le langage utilisé. Cette prise de conscience m’a poussé à être beaucoup plus attentif à l’inclusion et à l’équilibre dans mon travail.
Concrètement, à quoi ressemblent encore ces déséquilibres dans les médias d’Afrique australe ?
Les femmes restent sous-représentées comme expertes ou comme figures d’autorité. Dans beaucoup de sujets, les hommes continuent d’occuper la majorité de l’espace lorsqu’il s’agit de commenter la politique, l’économie ou les affaires publiques. Les perspectives masculines sont souvent considérées comme la norme.
Pourquoi ces mécanismes persistent-ils selon vous ?
Parce qu’ils sont profondément ancrés dans les habitudes professionnelles et culturelles des rédactions. Les femmes sont sous-représentées comme expertes ou comme décideuses dans les sujets. Elles sont moins citées, tandis que les hommes dominent les commentaires dans des domaines comme la politique, l’économie ou les affaires. Les journalistes s’appuient souvent sur des sources familières, qui sont majoritairement des hommes. Sans changement volontaire, ces schémas continuent
Le projet Media Parity vise justement à faire évoluer les pratiques journalistiques. Qu’est-ce que cela change dans votre manière de travailler ?
Aujourd’hui, je fais davantage attention aux personnes que j’interroge et aux voix que je mets en avant. Je cherche activement à inclure plus de femmes expertes et à éviter les récits qui reproduisent des stéréotypes. Même le choix des mots devient plus réfléchi.
On parle beaucoup d’accompagner les femmes journalistes. Quel rôle les hommes doivent-ils jouer ?
Les hommes doivent prendre part à cette transformation. Cela signifie soutenir des pratiques plus inclusives, questionner les biais existants et accepter d’apprendre. Ils ont aussi une responsabilité particulière parce qu’ils occupent encore beaucoup d’espaces de pouvoir dans les rédactions.
Certains hommes se sentent-ils exclus de ces conversations ?
Oui, parfois. Certains considèrent encore que l’égalité de genre concerne uniquement les femmes. D’autres souhaitent s’impliquer mais ne savent pas vraiment comment agir. C’est pour cela qu’il est important de créer des espaces de dialogue inclusifs.
Lors des ateliers sur les masculinités positives, qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
J’ai compris qu’être simplement “neutre” ne suffisait pas. Le silence ou l’inaction peuvent aussi contribuer au maintien des inégalités. Les témoignages de femmes journalistes sur leurs expériences quotidiennes dans les rédactions ont été particulièrement marquants. Ils ont rendu visibles des réalités souvent ignorées.
Comment définiriez-vous la “masculinité positive” ?
C’est utiliser sa position d’homme pour promouvoir le respect, l’équité et l’inclusion. Cela implique d’être conscient de ses biais, d’écouter davantage et de contribuer activement à un environnement plus juste.
Adopter cette posture demande-t-il du courage ?
Oui, parce que ces sujets restent parfois sensibles dans certains environnements professionnels. Cela demande d’accepter de remettre en question certaines habitudes et de défendre d’autres façons de travailler.
Qu’est-ce qui vous rend optimiste aujourd’hui ?
Je vois de plus en plus de journalistes qui repensent leur manière de raconter les histoires. Le changement est progressif, mais il existe une vraie volonté d’aller vers des médias plus représentatifs et plus inclusifs.
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