Janvier 2020 - Septembre 2026
10 M€
Cohésion sociale Démocratie et engagement citoyen Égalité femmes hommes Environnement et santé Indépendance des médias Investigation Journalisme de proximité Lutte contre la désinformation
Dans les rédactions fragilisées du Proche-Orient, l’intelligence artificielle n’est ni une révolution ni une promesse abstraite : elle devient un outil de survie et d’ajustement. Avec Q-AIM, le programme Qarib explore une nouvelle voie. Celle d’une IA ancrée dans les contraintes du terrain, pensée pour accompagner sans dénaturer le journalisme indépendant.
Dans une région où l’information se fabrique souvent dans l’urgence, sous contrainte politique, économique et sécuritaire, l’intelligence artificielle arrive moins comme une promesse de rupture que comme une question de survie. C’est dans ce contexte que le programme Qarib, financé par l’Agence française de développement (AFD) sur la période 2020-2026 et déployé en Jordanie, au Liban, en Irak et en Palestine, a lancé en août 2025 un nouveau volet : Q-AIM.
Pensé avec le soutien de Financial Times Strategies (FTS), ce dispositif s’adresse à un constat simple mais structurant : aucun des plus de 50 partenaires de Qarib n’a, à ce jour, intégré l’IA de manière structurée et cohérente dans ses pratiques éditoriales ou organisationnelles. Non par retard technologique, mais parce que les outils d’IA doivent être adaptés à des réalités locales très spécifiques : fragilité économique des médias, pluralité des dialectes arabes, exigences accrues de vérification et enjeux de sécurité.
La première phase du programme a réuni non moins de 35 médias du réseau Qarib autour de masterclasses dédiées, tout en lançant une étude de fond sur les usages possibles de l’IA dans des rédactions indépendantes arabophones. Cette recherche se distingue d’emblée des analyses dominantes du secteur : elle refuse de partir d’un monde idéal, supposé stable, anglophone et orienté vers des modèles d’abonnement. Elle part, au contraire, des réalités fragmentées des rédactions locales, souvent dépendantes de financements internationaux, confrontées à des audiences instables et à des enjeux accrus de vérification et de sécurité.
L’un des apports majeurs de cette étude est la construction d’un cadre de durabilité en trois étapes qui rompt avec l’idée d’une transformation linéaire. Survie, pérennité, innovation. Ici, il n’est pas question d’imposer une « révolution IA », mais de reconnaître des niveaux de maturité organisationnelle distincts, où la stabilisation elle-même peut constituer un objectif légitime.
À travers l’analyse de plus de 40 rédactions régionales, des études de cas internationales et l’évaluation d’outils en langue arabe, un constat s’impose : l’IA n’est réellement utile que lorsqu’elle s’ancre dans des besoins concrets. Les usages les plus efficaces ne sont pas ceux qui relèvent de la démonstration technologique, mais ceux qui améliorent les rouages invisibles du journalisme quotidien : transcription, traduction, gestion des subventions, vérification, distribution des contenus…
Dans cet écosystème, l’IA ne remplace pas le geste journalistique ; elle s’y insère, à condition d’être encadrée. L’étude souligne ainsi l’importance décisive des flux de travail hybrides, où l’humain reste au centre de la décision éditoriale. Cette hybridation apparaît particulièrement pertinente dans le contexte arabophone, marqué par la diversité des dialectes, la richesse des nuances culturelles et la complexité des enjeux politiques. Dans le journalisme d’investigation, la traduction ou la vérification des faits, l’IA agit alors comme un outil d’accélération. Et jamais comme une autorité ou un remplacement.
La deuxième phase du programme s’appuie quant à elle sur ces enseignements pour franchir un cap opérationnel. Vingt médias ont été sélectionnés afin de définir un objectif précis lié à l’IA et de le mettre en œuvre sur l’année 2026, avec l’accompagnement de consultants et consultantes de FTS. L’enjeu n’est pas seulement technique : il s’agit d’installer une culture de l’IA maîtrisée, contextualisée et adaptée aux contraintes réelles des rédactions.
À travers Q-AIM, le programme Qarib explore ainsi une voie étroite mais essentielle : celle d’une innovation qui ne se pense ni comme injonction ni comme solution miracle, mais comme un outil au service d’un journalisme de proximité plus robuste, plus sûr et plus durable dans une région où l’information reste, plus que jamais, un bien fragile.
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