Voix en exil

Soutenir les médias et les journalistes en exil

Face à la répression, aux violences ou aux conflits, de plus en plus de journalistes doivent fuir leur pays. Leur rôle demeure pourtant essentiel pour informer leurs concitoyennes et concitoyens restés sur place, les diasporas et la communauté internationale. Pour les soutenir, CFI et ses partenaires Singa, la Maison des Journalistes et Reporters sans frontières, ont lancé Voix en exil, premier projet de CFI exclusivement implanté en France pour accompagner des journalistes exilés.

Calendrier

Juin 2024 - mars 2027

Budget global

2,8 M€

Démocratie et engagement citoyen Égalité femmes hommes Lutte contre la désinformation

Ancienne voix incontournable du sport en Afghanistan, Amanullah Qaisari a vu sa carrière s’interrompre net avec la chute de Kaboul. Exilé en France, il reconstruit patiemment son métier, entre réseaux sociaux et nouveaux formats. Grâce au programme Voix en exil de CFI, il a retrouvé bien plus que des outils : une place, une légitimité, et la possibilité de continuer à raconter.

Il parle du sport comme d’une évidence. Une respiration. « Le journalisme, c’est ma vie », lâche Amanullah Qaisari, sans détour, comme on énonce une vérité qui n’a plus besoin d’être prouvée. À Kaboul, sa voix était familière, reconnaissable entre mille. Pendant quinze ans, il a incarné le visage du sport à la télévision afghane, jusqu’à devenir l’un des commentateurs les plus suivis du pays. Une trajectoire patiemment construite, à rebours des évidences. Car rien, au départ, ne lui était acquis. Né dans une famille afghane exilée en Iran, Amanullah grandit en marge. D’abord en Iran, où il est cantonné à son statut d’immigré. Puis dans son propre pays, qu’il regagne en 2007, où il est renvoyé à son exil. Le football devient très tôt un refuge, presque une promesse. Il se souvient encore de la Coupe du monde 1998, des noms qui résonnent comme des héros d’enfance. Joueur amateur, il comprend vite que son terrain sera ailleurs. Raconter plutôt que jouer. Donner à voir plutôt que chercher les projecteurs. « Le journalisme a été pour moi un moyen de montrer nos capacités », dit-il. Ses débuts sont âpres. Des portes fermées, des refus répétés. Puis, en 2011, une première émission de football. Le déclic. Deux ans plus tard, il rejoint l’une des chaînes les plus influentes du pays. Sa parole s’installe, son style aussi : direct, engagé, proche du public. Amanullah ne commente pas seulement les matchs, il raconte ce qu’ils disent d’un pays, d’une société, d’un espoir collectif. À Kaboul, on le reconnaît dans la rue. Il voyage, couvre des événements internationaux. La réussite est là, tangible… mais en août 2021, tout bascule.

Perdre sa place, garder sa vocation

La chute de Kaboul agit comme une coupure nette. Brutale. Le journaliste devient une cible potentielle. Les perspectives se ferment. Il lui faudra attendre 2022, avec l’appui d’organisations internationales, pour pouvoir quitter son pays. Entre-temps, l’attente, l’incertitude. « En partant, j’ai tout perdu : ma position, mon public. », murmure-t-il sans s’appesantir. La phrase est simple, mais elle dit l’ampleur du vide. En France, il faut recommencer. A zéro. Une année difficile, marquée par le doute, presque par l’effacement. Puis, progressivement, le mouvement revient. Amanullah rallume la caméra, seul, d’abord. Sur les réseaux sociaux, il retrouve un espace de diffusion. Une audience aussi. Continuer devient une nécessité. « C’était primordial de suivre mes rêves. », glisse-t-il. 

Voix en exil : reconstruire plus que des compétences

C’est dans cette phase de reconstruction qu’il entend parler du programme Voix en Exil, porté par CFI avec un consortium comprenant SINGA, RSF et la Maison des Journalistes grâce à un financement du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Objectifs de Voix en exil ? Proposer un accompagnement multidimensionnel à des journalistes en exil en France souhaitant poursuivre leur activité professionnelle ; soutenir ces journalistes dans leur parcours professionnel et faciliter la concrétisation de leur projet ; et contribuer à partager et créer des liens avec les initiatives existantes de soutien aux journalistes et médias en exil en Europe.

Un dossier solide, deux entretiens passionnés. Sa candidature est retenue parmi des dizaines d’autres. Une nouvelle étape s’ouvre. Pour Amanullah, l’impact est immédiat, concret. Des moyens techniques, d’abord : du matériel, des formations, un cadre de travail. Mais surtout, une montée en compétence. « Avant, je faisais surtout de la présentation, je n’avais que peu de maîtrise technique. Aujourd’hui, je sais monter, éditer, produire. », décrit-il. Il raconte ce moment, presque anodin, où, après un montage complexe, il se surprend à sourire seul : « Je l’ai fait. », se souvient-il s’être exclamé. Une victoire discrète, mais fondatrice.

Au-delà des outils, c’est un écosystème qui se reconstitue. Un réseau de journalistes en exil, des échanges, une solidarité tangible. « On partage beaucoup. Il y a une entraide. », remarque-t-il. Dans un parcours marqué par la rupture, cette continuité humaine compte autant que le reste. Professionnellement, la relance est nette. Amanullah reprend les reportages, couvre des compétitions, développe sa présence en ligne. Son audience s’élargit considérablement. Il retrouve une légitimité, une place. « Pour moi, en tant que journaliste réfugié, c’est une formidable opportunité. », assure-t-il. Le mot n’est pas galvaudé : il dit la possibilité, rare, de redevenir acteur de son propre récit.

Raconter, résister

Mais son projet dépasse aujourd’hui la seule trajectoire individuelle. Amanullah veut créer une plateforme d’information sportive fiable, tournée notamment vers les athlètes réfugiés et les femmes sportives afghanes. Une ligne éditoriale assumée. « Elles doivent être visibles. Chacune incarne son histoire, ce sont des rôles modèles. », lance-t-il. Dans un contexte où leur effacement est organisé, raconter leurs histoires devient un acte presque politique. Chez lui, le sport n’a jamais été un simple divertissement. Il est un levier. Un espace de respiration collective. Selon lui, « Il peut apporter de la joie, de la paix. » Une conviction forgée sur les plateaux, dans les stades, et aujourd’hui, dans l’exil. De Kaboul à la France, le fil n’a jamais complètement rompu. Il s’est tendu, fragilisé, transformé. Grâce à Voix en Exil, il s’est aussi renforcé. Amanullah Qaisari n’a pas seulement repris son métier : il l’a réinventé. Et dans cette reconstruction, il y a plus qu’un parcours individuel ; il y a la preuve que même loin de chez soi, une voix peut continuer de porter.


Octobre 2025 : Premier anniversaire pour Voix en Exil

L’évènement « Voix en exil, un an après » organisé dans les locaux de Reporter sans frontières (RSF) a réuni la communauté ‘VEE’ afin d’échanger autour des expériences vécues, de partager les premiers résultats du programme, ainsi que ses perspectives. Sans oublier de penser aux journalistes encore menacés partout dans le monde.

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