Kalam Min Souria

Soutenir les médias au service de la démocratie en Syrie

Renforcer les capacités des médias syriens leur permet de jouer un rôle actif dans la transition démocratique, par leurs missions d’information, de documentation et de participation au débat public. Le projet est organisé autour de cycles de conférences et de débats, d’un soutien financier, d’un accompagnement éditorial à des médias et OSC, ainsi que de formations destinées aux journalistes des médias publics et aux étudiants en journalisme

Calendrier

Mars 2025 - juillet 2026

Budget global

250 K€

L’interview : Dana Alboz, revenir pour raconter : chronique d’un journalisme en reconstruction

Journaliste syrienne, correspondante de France 24 à Damas, Dana Alboz a quitté la Syrie en 2013 avant d’y revenir après la chute du régime d’Assad. Entre mémoire intime et engagement professionnel, elle raconte un pays en transition et les défis immenses qui attendent ses médias. Pour les relever, elle compte sur le soutien de programmes comme Kalam Min Souria.

Vous êtes partie, vous êtes revenue : qu’est-ce qui, chez vous, n’a jamais quitté la Syrie ?

Je pense qu’on garde toujours une partie de son âme dans son pays d’origine. En revenant, j’ai eu l’impression de retrouver quelque chose que j’avais laissé derrière moi. Ce n’était pas un retour simple… J’avais 19 ans quand j’ai quitté la Syrie, aujourd’hui plus personne de ma famille n’y vit, ils sont dispersés entre la France, l’Allemagne et ailleurs. Revenir, c’était à la fois familier et profondément étrange.

Revenir à Damas, c’était une évidence ou un risque assumé ?

Avant la chute du régime, ce n’était même pas envisageable. Je travaillais sur des sujets sensibles, je critiquais le pouvoir… Puis tout a basculé. Je me trouvais en Jordanie lorsque le régime est tombé. Je me souviens avoir ouvert une carte sur mon Smartphone et réalisé que Damas n’était qu’à quelques heures de route. J’ai pris une dizaine de jours de congés et j’y suis allée. Encore aujourd’hui, je ne parviens pas à mettre de mots sur ces dix jours. Je sais juste que j’ai vécu une période historique. Ce moment a été décisif : j’ai compris que je devais être là, sur le terrain, pour raconter ce qui se jouait.

Quel regard portez-vous sur les médias en Syrie aujourd’hui ?

Il y a une liberté nouvelle, mais aussi un vide immense. Pendant des décennies, le journalisme indépendant était quasi inexistant. Aujourd’hui, tout est à reconstruire : les pratiques, les réflexes, la culture du débat. Les journalistes doivent réapprendre à enquêter, à questionner, à critiquer. Et cela prend du temps.

Quels sont les principaux défis pour informer en et depuis la Syrie ?

Le contexte reste extrêmement fragile. Il y a encore des violences, des tensions régionales, une instabilité permanente. Et puis il y a le défi de la complexité : après quatorze ans de guerre, rien n’est simple. Il faut éviter les raccourcis, comprendre les dynamiques locales, les histoires individuelles. Informer, ici, demande une grande rigueur.

Vous êtes correspondante de France 24 à Damas : votre pratique a-t-elle évolué ?

Travailler sur le terrain, dans son propre pays, change tout. Il y a une dimension émotionnelle très forte, mais aussi une responsabilité accrue. Je couvre des réalités que je connais intimement, tout en gardant la distance nécessaire.

Vous avez participé au projet Kalam Min Souria porté par CFI. Pourquoi vous y engager ?

Parce qu’il répond à un besoin urgent. Lancé en mars 2025, il a pour objectif affiché de soutenir les acteurs des médias syriens afin de renforcer leur capacité à informer, documenter et participer au débat public dans le contexte de transition

politique en Syrie. Dès les premières sessions, nous avons réuni des journalistes aux profils très variés, ainsi que des étudiants. Nous avons travaillé sur les fondamentaux (le rôle du journalisme, son lien avec la démocratie) mais aussi sur des outils concrets, comme le fact-checking.

Qu’est-ce que cet accompagnement apporte concrètement ?

Il permet de recréer du lien et de transmettre des compétences. En Syrie, les réseaux sociaux sont devenus une source majeure d’information, avec tous les risques que cela implique. Former les journalistes à vérifier les contenus, à contextualiser, est essentiel pour éviter les dérives.

Le projet favorise-t-il aussi les échanges entre professionnels ?

C’est même l’un de ses points forts. Lors des premières sessions, des journalistes de différentes générations et régions ont pu confronter leurs expériences. Ces échanges sont précieux : ils permettent de mieux comprendre les réalités du terrain et de construire une vision collective.

Quel rôle jouent les partenaires comme CFI, l’Académie de France Médias Monde ou le hub de Beyrouth ?

Ils sont essentiels. Il y a une vraie synergie entre les acteurs : formations, accompagnement, production de contenus adaptés, notamment pour les réseaux sociaux. Le hub de Beyrouth, par exemple, permet de penser de nouveaux formats tout en respectant les standards journalistiques. C’est un écosystème qui se met en place.

Que vous apporte, à titre personnel, cette expérience ?

Un enrichissement extraordinaire. C’est une forme de boucle qui se referme : j’étais étudiante en journalisme à Damas, et aujourd’hui je reviens pour échanger avec de jeunes journalistes. Mais c’est aussi un apprentissage constant. J’apprends énormément de ceux qui sont restés, de leur résilience, de leur engagement.

Quelles perspectives voyez-vous pour le journalisme indépendant en Syrie ?

Il y a un besoin immense de soutien. Le journalisme doit faire partie de la reconstruction du pays. Pour qu’une démocratie puisse émerger, il faut des médias capables d’enquêter, de questionner le pouvoir, de porter la voix des citoyens. C’est essentiel pour porter la voix des Syriens et des Syriennes, qui ont été isolés pendant longtemps. Tout reste à construire. L’énergie et la volonté pour le faire sont déjà là. 

Et vous, que souhaitez-vous raconter dans les années à venir ?

J’aimerais continuer à raconter cette transition, avec nuance et honnêteté. Donner à voir la complexité de la Syrie d’aujourd’hui, loin des clichés.

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